Une économie plus respectueuse de l’homme
Lors de mon master en économie sociale et solidaire, j’ai rédigé un mémoire sur : “L’entreprise respectueuse de l’homme et de son environnement : enjeux pour la société”. Sur “sens-valeurs.fr”, je vous en livrerai quelques extraits qui je l’espère susciteront de l’intérêt chez vous.
Depuis quelques années, l’équilibre climatique, notre société de consommation ainsi que la notion de « travail » sont remis en cause! Nous sommes en quête de sens. On désire que les choses reprennent leur place, que l’économie soit au service de l’humanité et non l’inverse, que de vraies valeurs soient défendues. Pour quoi travaille-t-on? En tant que consommateur, entrepreneur ou salarié, pouvons-nous contribuer au changement de logique des entreprises et des actionnaires? Comment se faire entendre?
Sur le chemin de la croissance
La période des « 30 glorieuses » fait référence à une époque de prospérité et de changements importants dans l’organisation du travail. Après la guerre, tout est à reconstruire. Les entreprises, devant produire en quantité et rapidement, reprennent les principes élaborés par Taylor et Ford qui reposent sur la division et la rationalisation du travail, ce qui laisse peu de place à l’épanouissement de l’être humain et au respect de la nature. Ces conditions de travail, bien souvent pénibles, ces méthodes de production, souvent très polluantes, sont acceptées. En effet, l’individu n’est pas totalement conscient des conséquences négatives qu’il cause en acceptant de telles productions. Par ailleurs, ces méthodes, synonymes d’efficacité, de production de quantité, répondent aux besoins de la société qui doit se reconstruire suite à la guerre et permettent l’embauche du plus grand nombre. En y adhérant, on participe à l’effort collectif, on tient un rôle et une place dans la société, le travail étant d’autre part considéré comme un élément indispensable à la vie culturelle et relationnelle (Marx, Hegel).
Depuis les années 80, ces méthodes sont remises en cause du fait de l’arrivée de la crise qui touche le marché du travail. La société moderne a montré ses limites. La croissance est très ralentie et le travail a besoin d’une redéfinition. L’individu milite pour plus de respect pour l’homme et l’environnement. La société a pris conscience des dégâts qu’elle a causé en ne prenant pas en compte l’homme et son environnement dans son système de production. Elle voit apparaître de plus en plus des phénomènes de pollution, de bouleversements climatiques et de catastrophes liées à ses activités (Tchernobyl entre autre). L’ascenseur social des « 30 glorieuses », qui permettait à des enfants d’ouvriers d’accéder à un rang plus élevé que ceux de leurs parents, n’existe plus. Et les inégalités entre les plus pauvres et les plus riches et le taux de chômage s’accroissent d’année en année. L’emploi, le poste, ne sont plus pérennes. Les attentes des individus sont différentes. Ils sont plus exigeants et demandent plus de sens dans leur activité au quotidien. La société change de valeurs et de besoins. Le travail et l’argent n’apparaissent plus comme étant des valeurs centrales. On exige une plus grande qualité de vie.
Au début du siècle, on pensait que l’économie se régulerait d’elle-même, qu’avec le travail, l’ordre social et la distribution des richesses allaient se faire naturellement, selon le mérite et non plus que sur les héritages de toutes sortes. On avait dans l’idée que les machines allaient améliorer nos conditions de travail. Tout cela était très prometteur, la société future était vue comme une société idéale (D. Méda, J. Schor). Le bilan fait, on constate que notre économie n’a pas répondu à ces attentes. Il a eu certes des progrès qui ont révolutionné notre vie, dans la médecine notamment. Mais globalement, on se pose des questions. Le but de notre société est-il de produire toujours et encore ? L’homme en est il plus heureux ? Notre économie ne fait actuellement qu’occasionner d’avantage de stress, difficultés, paupérisation et pollution.
Vers une croissance plus raisonnée
Le tribut que doivent payer les pays pour réussir dans l’économie mondiale ne cesse de croître, il en est de même pour le prix que nous devons payer pour notre planète. Il faut redonner à nos activités de la valeur. Mesurer autre chose que les valeurs purement économiques. Prouver que le respect de l’individu, que ses rapports à l’autre et à l’environnement, sont aussi importants que son travail. « Y’a-t-il une autre manière de valoriser que de donner un prix, une quantité ? » (J. Schor). Pour Malthus, “valeur” et “prix” sont des concepts totalement différents dont il faut se rappeler. Avec la bourse, notre économie a tendance à ne considérer que les valeurs marchandes, à agir en fonction du prix de la cotation, quitte à oublier les hommes et les vraies valeurs qui sont derrière. On le voit avec la crise actuelle, c’est surtout la “logique” de la bourse qui prime, la politique de l’actionnaire, les fluctuations des capitaux sur les marchés. Pourtant tout ceci au fond, ne repose sur par grand chose. C’est terriblement fictif. Comment peut-on dire que du jour au lendemain, telle entreprise ne vaut plus rien? Comment peut-on balayer d’un trait les compétences des hommes qui la constituent, la valeur qu’ils representent, la production qu’ils ont réalisée?. La bourse agit de manière totalement irrationnelle, il s’y côtoie de vrais montons de Panurge. Si le cours de telle action est bon: ils achètent, s’il commence à décliner, ils vendent! Et l’homme et l’environnement dans tout ça? Ou sont les vraies valeurs?
Dans ce contexte, pour répondre à la soif de croissance de l’actionnaire, nos entreprises produisent de plus en plus, nous vendent toujours plus le concept du “consommer pour être heureux” afin d’écouler leur production et inonder les marchés. Est-ce qu’avoir une grosse voiture, le dernier Iphone ou des vêtements de marque nous rend plus heureux et plus intéressant? Est-ce que notre modèle économique répond vraiment à nos besoins naturels? Si Zola était là, il pourrait mettre en exergue notre situation actuelle. Ce n’est plus de mine dévoreuse d’homme dont il parlerait mais de la bourse. Les motivations qui guident nos pairs à travailler dans ces conditions sont toujours liées à la nécessité de manger, régler nos factures. Mais, fait de plus en plus présent dans notre histoire au cours des siècles je pense, c’est que travailler répond également à nos besoins d’appartenance et de reconnaissance. Or, le modèle actuellement valorisé par notre société correspond à l’homme qui a un bon salaire, une bonne position dans une boite et qui montre qu’il a réussi par le biais de grosse voiture, belle montre, derniers gadgets, écran plat, son appartenance à des cercles élitistes/jet set. En conséquence, l’idée est répandue que pour être valorisé et reconnu il faut coller à ce schéma. Nombreux sont ceux qui courent après ce mirage. Et à courir de la sorte, nous perdons nos repères : sociaux, environnementaux et familiaux.
Nous ne pouvons bien entendu pas totalement renoncer à notre société actuelle, il faut simplement tenter de rééquilibrer nos modèles pour qu’ils reprennent en considération un panel plus large de valeurs et que ces modèles puissent percer, être mis en avant.
Nos voix et nos engagements comptent
Les acteurs économiques sont au cœur de ce débat. Les entreprises sont de réelles micro-sociétés. Elles ont énormément de pouvoir. C’est en les incitant à évoluer que la société pourra changer. Une des mesures les plus urgentes consiste à leur faire respecter un certain nombre de réglementations afin de « domestiquer le libéralisme ». Une autre consisterait à rendre l’actionnariat moins dominant, en ayant recours à d’autres méthodes de financement (en passant par exemple par le principe des coopératives : c’est le salarié qui est actionnaire de sa boite: alors forcément il agit de manière plus rationnelle) et d’autres systèmes de valeurs (respect de l’environnement, respect de normes sociales). La société civile : consommateurs, salariés et le gouvernement font pression pour que les chose évoluent au nom d’une “économie au service de l’homme et de l’environnement plutôt que l’homme au service de l’économie”. La satisfaction du client, celle du personnel, représentent des enjeux indéniables et des atouts concurrentiels non négligeables dans une économie où la qualité de service et l’aptitude à innover pèsent de plus en plus lourd. Ainsi, à notre échelle nous avons du pouvoir. En consommant moins et mieux ou en exerçant un métier qui réponde réellement à nos valeurs, en suivant et véhiculant notre propre conception de la “réussite sociale” par exemple. Les entreprises sont nécessairement obligées de s’aligner sur les besoins de leurs consommateurs. Sans consommateurs, l’entreprise peut mettre la clef sous la porte. Aujourd’hui, celles-ci font un peu plus attention à leurs pratiques, et doivent respecter certains critères de qualité qui les amènent à revoir leurs pratiques managériales et méthodes de production (Normes Iso, RSE : Responsabilités Sociales des Entreprises). Certes, c’est davantage au nom d’une meilleure efficacité économique (notamment parce que veiller à réduire ses déchets est rentable) et pour répondre aux nouvelles exigences de la société que les entreprises évoluent, petit à petit, pas après pas. Ce n’est pas de la philanthropie, mais c’est déjà un progrès! Et nous avons le pouvoir de les inciter à évoluer en ce sens.
Tags: consommateur, Développement durable, durable, économie, economie sociale et solidaire, entreprise, environnement, équilibre climatique, homme, manifeste, respect, sens, travail, valeurs, voix

janvier 11th, 2011 at 23:59
Votre article est intéressant mais selon moi il est faux de penser que le système capitaliste puisse devenir moral et respecter l’environnement. C’est une erreur de croire que l’on peut le l’orienter (comme avec la taxe carbone) afin de le rendre plus respectueux de l’environnement. Le capitaliste n’agit que selon la règle de la rentabilité maximale de son capital. Toute régulation finit par être contournée si elle va a l’encontre de cette règle. Les tentatives comme les SCOPS d’intégrer les principes démocratiques (un homme une voix) sont peut-être une porte de sortie. Pour rendre notre monde plus respectueux de l’environnement commençons par remplacer le diktat de la rentabilité par celui du bonheur du plus grand nombre. En effet, la destruction de la planète nuit à la majorité des hommes alors que sa destruction ne profite qu’a la minorité des plus riches.
Il est, selon moi, urgent de rétablir l’esprit de la démocratie: le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple.
David
Étudient en deuxième année d’école supérieure de commerce. Recherche activement un moyen d’être plus utile au monde.